Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol8.djvu/498

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— C’est dommage ! C’est dommage pour le brave ! Donne-moi la lettre.

Rostov avait à peine remis la lettre et fini l’histoire de Denissov que des pas rapides, avec un bruit d’éperons, retentirent dans l’escalier, et que le général, s’éloignant de lui, se dirigeait vers le perron. Les officiers de la suite de l’empereur descendaient en courant l’escalier et allaient vers leurs chevaux. L’écuyer Aîné, celui qui était à Austerlitz, fit avancer le cheval de l’empereur, et sur l’escalier on entendit le grincement léger des pas que Rostov reconnut aussitôt.

Oubliant le danger d’être reconnu, Rostov, avec quelques bourgeois curieux, s’approcha du perron même et de nouveau, après deux années, il revit les traits qu’il adorait : le même visage, le même regard, la même démarche, la même union de majesté et de douceur… et le sentiment d’enthousiasme et d’amour pour l’empereur renaissait avec la force ancienne dans l’âme de Rostov. L’empereur, en uniforme du régiment Préobrajensky : pantalons et hautes bottes, et une étoile que Rostov ne connaissait pas (la Légion d’honneur), sortit sur le perron, le chapeau sous le bras et mettant ses gants. Il s’arrêta et regarda, et ce regard jetait une clarté autour de lui. Il dit quelques mots à quelques généraux. Il reconnut l’ancien chef de division de Rostov, lui sourit et l’appela vers lui.

Toute la suite s’écarta et Rostov vit que le