Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol8.djvu/66

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alors il restera ici quelque temps ; qu’il reste, je verrai. — Le prince renifla. — Qu’elle se marie, cela m’est tout à fait égal ! cria-t-il de cette voix perçante, de laquelle il avait dit adieu à son fils.

— En vérité, prince, vous voyez les hommes de part en part, dit le prince Vassili du ton d’un homme rusé qui s’est convaincu de l’inutilité de la ruse devant la perspicacité de l’interlocuteur. Anatole n’est pas un génie mais c’est un garçon honnête et bon, et un très bon fils et parent.

— Bien, bien, nous verrons.

Comme il arrive toujours pour les femmes qui vivent isolées, sans la société des hommes, avec l’apparition d’Anatole, les trois femmes de la maison de Nicolas Andréiévitch sentaient également que jusqu’ici leur vie n’était pas une vie. La force de penser, de sentir, d’observer, momentanément se décuplait chez toutes, et leur vie jusqu’ici dans les ténèbres s’éclairait tout à coup d’une lumière nouvelle, vivifiante.

La princesse Marie ne songeait pas du tout à son visage et à sa coiffure. Le visage beau et ouvert d’un homme qui deviendrait peut-être son mari absorbait toute son attention. Il lui semblait bon, courageux, résolu, fort et magnanime. Elle en était convaincue. Des milliers de rêves sur la future vie de famille naissaient sans cesse en son imagination. Elle les chassait et tâchait de les cacher.