Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol9.djvu/18

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cotonnade jaune avec, sur la tête, un fichu blanc d’où sortait une mèche de cheveux, courait devant non loin de la voiture. Elle criait quelque chose, mais en apercevant un étranger, sans le regarder, en riant, elle revint sur ses pas.

Soudain le prince André se sentit mal à l’aise ; il ne savait pourquoi.

Le jour était si beau, le soleil si clair, tout ce qui l’entourait était si gai… Et cette jeune fille, mince et jolie, qui ne connaissait ni ne voulait connaître son existence, qui était contente et heureuse de sa propre vie, probablement sotte mais gaie et tranquille… « De quoi se réjouit-elle ? À quoi pense-t-elle ? Pas aux statuts militaires, pas à l’organisation des paysans de Riazan. À quoi pense-t-elle ? Pourquoi est-elle heureuse ? » se demandait curieusement, malgré lui, le prince André.

Le comte Ilia Andréiévitch vivait à Otradnoié en 1809, toujours comme auparavant, c’est-à-dire en recevant presque toute la province, en suivant les chasses, les théâtres, les dîners, la musique. Comme il arrivait pour chaque nouvel hôte, il était enchanté de voir le prince André, et, presque de force, le retint à coucher.

Durant la journée ennuyeuse, les maîtres âgés et les invités les plus respectables dont la maison du vieux comte était pleine à cause du jour de fête qui approchait, s’occupèrent du prince André ;