Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol9.djvu/23

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Tout était en fleurs. Les rossignols chantaient et roucoulaient, tantôt près, tantôt loin.

« Oui, oui, dans cette forêt se trouvait ce chêne avec qui je m’harmonisais ! Mais où est-il ? » se demanda le prince André en regardant du côté gauche de la route. Et, sans l’apercevoir, sans le reconnaître, il admirait ce même chêne qu’il cherchait. Le vieux chêne, tout transformé, en s’écartant comme une tente de verdure grasse et sombre, se pâmait, presqu’immobile, dans les rayons du soleil couchant. On ne remarquait ni ses bras tortus ni ses blessures, ni sa vieillesse méfiante et douloureuse. À travers l’écorce dure, centenaire, des feuilles jeunes, luisantes, se frayaient un chemin. On ne pouvait croire qu’elles provinssent de ce vieillard. «Oui, c’est ce même chêne, » pensa le prince André ! et soudain, il fut saisi, sans cause, d’un sentiment printanier de joie et de renouveau.

Tous les moments intenses de sa vie, se rappelaient à lui tout à coup : Austerlitz et son ciel haut, le visage plein de reproches de sa femme morte, Pierre sur le bac, la fillette émue par la beauté de la nuit, et cette nuit et la lune, tout cela, soudain, s’évoquait.

« Non, la vie n’est pas achevée à trente et un ans, » décida tout à coup, fermement, le prince André ! « C’est peu que je sache tout ce qu’il y a en moi, tous doivent le savoir : et Pierre, et cette