Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol9.djvu/40

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blâment tant cette mesure qui rétablit simplement la justice naturelle.

— Je pense, toutefois, qu’il y a du vrai dans ce blâme, dit le prince André, tâchant de combattre l’influence de Spéransky qu’il commençait à sentir. Il lui était désagréable d’être d’accord avec lui sur toutes les questions ; il voulait le contredire.

Le prince André qui, d’ordinaire, parlait franchement et bien, sentait qu’il s’exprimait difficilement en parlant à Spéransky. Il était trop occupé d’observer la personne de l’illustre homme d’État.

— Motif d’ambition personnelle, peut-être, dit doucement Spéransky.

— Un peu aussi pour l’État.

— Comment l’entendez-vous ? demanda Spéransky en baissant lentement les yeux.

— Je suis l’admirateur de Montesquieu et son idée que le principe des monarchies est l’honneur, me paraît incontestable. Certains droits et privilèges de noblesse me paraissent être des moyens de soutenir ce sentiment.

Le sourire disparut du visage pâle de Spéransky et sa physionomie y gagna beaucoup. L’idée du prince André lui semblait sans doute curieuse.

Si vous envisagez la question sous ce point de vue… commença-t-il en prononçant avec difficulté le français, et en parlant encore plus lentement qu’en russe, mais tout à fait calme. Il