Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol9.djvu/64

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choses les plus banales et les plus sottes, tous s’enthousiasmaient de ses paroles et y cherchaient un sens profond qu’elle-même ne soupçonnait pas.

Pierre était précisément le mari qu’il fallait à cette brillante femme du monde. Il était cet original distrait, ce mari grand seigneur qui ne gêne personne et qui, non seulement ne gâte pas l’impression générale du ton supérieur du salon, mais par contraste avec le tact et l’élégance de la femme, sert de repoussoir avantageux.

Pierre, durant deux années, grâce à ses occupations incessantes, concentrées sur des intérêts immatériels, et à son mépris sincère pour tout le reste, adopta dans la société de sa femme, qui ne l’intéressait pas, ce ton indifférent, négligent et bienveillant pour tous, qui ne s’acquiert pas artificiellement et qui, pour cette raison même, inspire un respect involontaire. Il entrait dans le salon de sa femme comme au théâtre, connaissait tout le monde, était également content de chacun et également indifférent pour tous. Parfois il se mêlait à une conversation qui l’intéressait, et alors, sans se soucier si les messieurs de l’ambassade étaient présents ou non, il exprimait des opinions parfois tout à fait opposées au ton du moment. Mais l’opinion sur le mari original de la femme la plus distinguée de Pétersbourg était déjà si bien établie que personne ne prenait au sérieux ses sorties.