Page:Tolstoï - Œuvres complètes vol1.djvu/141

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de l’enfant, la crainte est nécessaire… N’est-ce pas, mon cousin ? Et je vous demande un peu, qu’est-ce que les enfants craignent plus que les verges ?

Ici, elle jeta sur nous un regard interrogateur, et j’avoue que je me sentis très gêné.

— Tout ce que vous voudrez, mais le garçon, jusqu’à douze ans et même quatorze, est encore un enfant, mais pour les fillettes, c’est autre chose.

« Quel bonheur » pensai-je, « de n’être pas son fils. »

— Oui, c’est très bien, ma chère, — dit grand’mère en repliant mes vers et en les mettant sous la boîte, comme si elle ne jugeait pas la princesse digne d’écouter une telle œuvre. — Oui ; c’est très bien, mais dites-moi, je vous prie, quels sentiments délicats pouvez-vous après cela exiger de vos enfants ?

Et jugeant cet argument inattaquable, grand’mère ajouta, pour mettre fin à la conversation :

— Cependant, chacun peut avoir son opinion sur ce sujet.

La princesse ne répondit rien et se contenta de sourire avec condescendance, comme pour exprimer ainsi qu’elle excusait ce préjugé étrange chez une personne qu’elle estimait tant.

— Ah ! mais faites-moi donc faire connaissance avec vos jeunes gens, — dit-elle en nous regardant et en souriant aimablement.

Nous nous levâmes, et les yeux fixés sur le vi-