Page:Tolstoï - Œuvres complètes vol1.djvu/145

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lettes, et sous son col, s’apercevait une grande croix blanche. L’expression de son visage était calme et ouverte. La liberté et la simplicité de ses gestes me frappèrent. Bien qu’un demi-cercle de rares cheveux garnît seul la nuque, et que la lèvre inférieure laissât voir clairement le défaut des dents, son visage était encore d’une remarquable beauté.

Le prince Ivan Ivanovitch, grâce à son caractère noble, à sa beauté, à son grand courage, à sa noble parenté et surtout à la chance, à la fin du siècle dernier, s’était fait, jeune encore, une brillante carrière. Il resta au service et son ambition fut si vite satisfaite, qu’il ne lui resta plus rien à désirer sous ce rapport. Depuis sa tendre jeunesse il semblait préparé à occuper dans le monde la brillante situation où le plaça, plus tard, la fortune. C’est pourquoi, malgré les insuccès, les désenchantements, les déceptions, qui se rencontrèrent dans sa vie, comme dans toute vie ambitieuse, il ne se départit pas une seule fois de son caractère toujours calme, de sa noble façon de penser, des règles fondamentales de la religion et de la morale, et sut s’attirer l’estime de tous, moins par sa situation brillante que par sa fermeté et sa droiture. Ce n’était pas un grand esprit, mais grâce à une situation qui lui permettait de regarder de haut toutes les mesquines vanités de la vie, ses idées étaient très élevées. Il était bon et sensible, mais froid et