Page:Tolstoï - Œuvres complètes vol1.djvu/158

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nouveaux tours : tantôt il sautait par-dessus trois chaises placées côte à côte ; tantôt il pirouettait par toute la chambre, tantôt il se mettait les pieds en l’air sur les dictionnaires de Tatistchev, qu’il disposait au milieu de la chambre, comme piédestal ; et il faisait avec ses jambes des mouvements si drôles qu’il était impossible de s’empêcher de rire. Après cette dernière invention il réfléchit un peu, puis clignant des yeux, spontanément, d’un air tout à fait sérieux, il s’approcha d’Ilinka : « Essayez de faire cela, vraiment ce n’est pas difficile. » Grapp, voyant l’attention de tous fixée sur lui, rougit et d’une voix à peine distincte jura de ne pouvoir faire ce qu’on lui demandait.

— Oui, en effet, pourquoi ne veut-il rien faire ? Est-ce une fillette… ? Il faut absolument qu’il se mette sur la tête.

Et Serioja le prit par la main.

— Absolument, absolument, sur la tête ! — criâmes-nous tous ensemble, en entourant Ilinka, qui en ce moment pâlissait de frayeur. Nous le saisîmes par la main et l’entraînâmes vers les dictionnaires.

— Laissez-moi, je le ferai tout seul ; ne déchirez pas ma veste ! — criait la pauvre victime. Mais ces cris de désespoir nous excitaient encore davantage, nous mourions de rire, la veste verte s’éraillait à toutes les coutures.

Volodia et l’aîné des lvine penchèrent la tête du