Page:Tolstoï - Œuvres complètes vol1.djvu/160

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— En voilà une vieille femme pleurnicheuse – dit-il en le poussant doucement du pied. — Avec lui on ne peut pas plaisanter… Eh bien ! Levez-vous.

— Je dis que tu es un méchant garçon — prononça avec colère Ilinka, et se détournant, il sanglota.

— Ah ! ah ! battre à coups de talon et encore injurier ! — cria Serioja en saisissant un dictionnaire et le brandissant au-dessus de la tête du malheureux, qui ne songeait même pas à se défendre, mais couvrait seulement sa tête de ses mains.

— Voilà pour toi, tiens, attrape !… Laissons-le puisqu’il ne comprend pas la plaisanterie. Allons en bas — dit Serioja avec un rire forcé.

Je regardai avec compassion le malheureux qui était sur le parquet et qui, le visage caché dans le dictionnaire, pleurait tellement, qu’on eût dit qu’il allait mourir des convulsions qui agitaient son corps.

— Eh ! Sergueï ! — lui dis-je, — pourquoi as-tu fait cela ?

— La belle affaire ! Ai-je pleuré aujourd’hui, quand je me suis meurtri la jambe presque jusqu’à l’os.

« Oui, c’est vrai », pensai-je. « Ilinka n’est qu’un pleurnicheur, mais Sergueï est brave, oh ! comme il est brave !… »

Je ne compris pas que le malheureux pleurait