Page:Tolstoï - Œuvres complètes vol1.djvu/161

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moins pour le mal physique qu’à la pensée, que cinq enfants, qui peut-être lui plaisaient, sans aucune raison étaient tous d’accord pour le détester et le faire souffrir.

Maintenant, je ne puis nullement m’expliquer la cruauté de mon acte. Pourquoi ne me suis-je pas approché de lui, ne l’ai-je pas défendu, consolé ? Où était donc disparu ce sentiment de compassion qui me faisait pleurer à chaudes larmes au spectacle d’un jeune choucas tombé du nid, ou d’un petit chien jeté derrière l’enclos, ou d’un poulet que le cuisinier apporte pour faire la soupe ?

Ces bons sentiments étaient-ils étouffés en moi par l’amour pour Serioja, et par le désir de paraître, devant lui, brave comme lui-même ? Cet amour et ce désir de sembler brave n’étaient guère enviables, — ils ont jeté la seule tache sombre sur les pages de mes souvenirs d’enfance.