Page:Tolstoï - Œuvres complètes vol1.djvu/175

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Ivanovitch avec l’affection et l’estime que j’avais pour lui ?

Quand le quadrille fut terminé ; Sonitchka me dit merci aussi gentiment que si j’eusse mérité sa reconnaissance. J’étais enthousiasmé. Je ne me sentais pas de joie, et je ne savais pas moi-même où j’avais pris cette hardiesse, cette assurance et même cette audace ? « Rien ne peut m’intimider, » pensais-je en me promenant avec insouciance dans la salle, « maintenant je suis prêt à tout ! »

Serioja me proposa d’être son vis-à-vis. « Bon, dis-je, je n’ai pas de danseuse, mais j’en trouverai ». En jetant dans la salle un regard décidé, je m’aperçus que toutes les danseuses étaient invitées, sauf une grande demoiselle qui était debout à l’entrée du salon. Vers elle s’avançait un jeune homme, qui me sembla-t-il, avait l’intention de l’inviter, il était à deux pas d’elle, et moi à l’autre bout de la salle. En un clin d’œil, en glissant gracieusement sur le parquet, je franchis la distance qui me séparait d’elle, et avec une révérence, d’une voix résolue, je l’invitai pour une contredanse. La grande demoiselle, en souriant avec bienveillance, me tendit la main et le jeune homme resta sans danseuse.

J’avais une telle conscience de ma force que je ne fis aucune attention au dépit du jeune homme, mais je sus après qu’il demanda quel était ce petit gamin ébouriffé qui avait couru devant lui et à son nez lui avait pris sa danseuse.