Page:Tolstoï - Œuvres complètes vol1.djvu/174

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savais absolument que lui dire. Quand mon silence me parut trop long, craignant qu’elle me prît pour un imbécile, je me décidai à la tirer, coûte que coûte, d’une telle erreur sur mon compte. Vous êtes une habitante de Moscou ? — dis-je, et après une réponse affirmative, je continuai : Et moi, je n’ai encore jamais fréquenté la capitale, — en comptant beaucoup sur l’effet du verbe fréquenter. Cependant je compris que la conversation, malgré ce début brillant, qui montrait avec évidence ma grande connaissance de la langue française, ne pourrait continuer sur ce ton. Notre tour de danser ne venait pas tout de suite, et le silence s’établit de nouveau : je la regardais avec inquiétude désirant savoir quelle impression je lui faisais, et attendant qu’elle vînt à mon secours. « Où avez-vous trouvé un si drôle de gant ? » — me demanda-t-elle tout à coup. Et cette question me fit plaisir et me soulagea. Je lui expliquai que c’était un gant appartenant à Karl Ivanovitch, et je m’étendis même un peu ironiquement sur la personne de Karl Ivanovitch ; comme il est grotesque quand il ôte son bonnet rouge, comment une fois il est tombé de cheval avec son pardessus vert, juste dans une mare, etc. Le quadrille passa comme rien. Tout cela était fort bien, mais pourquoi avais-je parlé ironiquement de Karl Ivanovitch ? Aurais-je perdu la bonne opinion de Sonitchka à mon égard, en lui parlant de Karl