Page:Tolstoï - Œuvres complètes vol1.djvu/187

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sens, me faisait un plaisir indescriptible, parce que tu, toi, avec toi, tien, y revenaient sans cesse.

Ces rêves étaient si clairs que, doucement ému, je ne pouvais dormir, et je voulais partager avec quelqu’un ce trop-plein de bonheur.

— Mignonne ! — dis-je presque à haute voix en me retournant brusquement de l’autre côté — Volodia ! tu dors ?

— Non — me répondit-il d’une voix endormie — Eh bien ?

— Je suis amoureux, Volodia, tout à fait amoureux de Sonitchka.

— Et bien, quoi ? — reprit-il en s’allongeant.

— Ah ! Volodia, tu ne peux t’imaginer ce que je ressens ; ainsi, tout à l’heure, j’étais couché la tête sous la couverture et je l’ai vue si nettement, si nettement, et j’ai causé avec elle, c’est tout à fait étonnant. Et sais-tu encore ? — Quand je suis couché et que je pense à elle, je ne sais pourquoi je deviens triste, et veux horriblement pleurer.

Volodia fit un mouvement.

— Je ne voudrais qu’une chose — continuai-je — être toujours avec elle, la voir sans cesse, et rien de plus. Et toi, tu en es aussi amoureux ? Avoue, dis la vérité, Volodia.

C’est étrange, je voulais que tous fussent amoureux de Sonitchka et que tous le racontassent.

— Que t’importe ! — dit Volodia en tournant son visage vers moi — peut-être.