Page:Tolstoï - Œuvres complètes vol1.djvu/235

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ture de poste à quatre chevaux court rapidement à notre rencontre : deux secondes et les visages qui à la distance de deux archines nous regardaient avec curiosité et sympathie sont déjà passés, et je suis surpris de ce que ces visages n’aient rien de commun avec moi, et de ce que, sans doute, je ne les reverrai plus.

Voilà, sur le bord de la route, courent deux chevaux velus et en sueur avec le collier et les harnais ; derrière, un jeune postillon laisse pendre de chaque côté du cheval ses longues jambes, et ses gros lapti, et, le chapeau de feutre sur l’oreille, il fredonne une espèce de complainte. Sa figure et sa pose expriment tant de paresse et d’insouciance, qu’être postillon, rentrer à la poste en chantant des airs tristes, me semble le comble du bonheur. Voilà, loin derrière le ravin, on aperçoit sur le clair ciel bleu, l’église de campagne au toit vert ; voilà le village, le toit rouge de la maison seigneuriale et le jardin. Qui vit dans cette maison ? Y a-t-il des enfants, le père, la mère, un précepteur ? Pourquoi n’allons-nous pas dans cette maison faire connaissance avec les maîtres ? Voila une longue file de charrettes attelées de trois chevaux bien nourris, qui nous oblige à tourner ? « Qu’avez-vous ? » demande Vassili au premier cocher, qui, ses gros pieds pendants, agite le fouet et nous suit longtemps d’un regard fixe, insensé, et ne nous répond que quand il est impossible de l’en-