Page:Tolstoï - Œuvres complètes vol1.djvu/242

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couvrir le soleil ; déjà, on le voit à peine ; pour la dernière fois, en ce moment, il éclaire la partie horriblement sombre de l’horizon, et disparaît subitement. Tout le pays se transforme, il est tout plongé dans l’ombre. Le bosquet de trembles frissonne, les feuilles deviennent d’une couleur gris-blanc qui ressort en relief sur le fond violacé des nuages, elles s’agitent en bruissant ; les cimes des grands bouleaux commencent à se balancer, et les amas d’herbe sèche tourbillonnent sur la route. Les martinets et les hirondelles au ventre blanc, comme pour nous arrêter, tournoient autour de la britchka et passent au ras du poitrail de nos chevaux ; les choucas, aux ailes largement déployées, volent du côté où le vent les porte ; les bords du tablier de cuir, que nous avons accroché, se soulèvent et laissent passer jusqu’à nous des tourbillons de vent frais, et frappent contre la caisse de la britchka. L’éclair s’allume comme dans la britchka elle-même, aveugle le regard, et pour un moment, illumine le drap gris, les galons, et Volodia pelotonné dans le coin. Dans la même seconde, au-dessus de notre tête, éclate un bruit formidable qui, s’élevant de plus en plus haut, s’étendant de plus en plus loin, comme sur une énorme spirale, augmente peu à peu, et se transforme en un roulement assourdissant qui, malgré nous, nous fait tressaillir et arrête notre respiration. La colère de Dieu ! Que de poésie dans cette idée populaire.