Page:Tolstoï - Œuvres complètes vol1.djvu/241

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


se portait sur le poteau que j’apercevais de loin et sur les nuages, dispersés auparavant dans le ciel, et qui, maintenant, en prenant des teintes sombres, menaçantes, se réunissaient en un grand nuage noir. De temps en temps, un coup de tonnerre retentissait au loin. Cette dernière circonstance augmentait surtout mon impatience d’arriver plus vite à l’auberge. L’orage m’a toujours produit un sentiment indéfinissable de tristesse et de peur.

Jusqu’au village le plus proche, il reste encore dix verstes, et l’énorme nuage violet foncé qui vient Dieu sait d’où, sans le moindre vent, s’avance rapidement vers nous. Le soleil, non encore caché par les nuages, éclaire brillamment ses contours sombres et les nuées grises qui, se détachant de lui, vont jusqu’à l’horizon même. De temps en temps, au loin, brille un éclair, et l’on entend un faible roulement qui, peu à peu, s’accentue, s’approche, et se transforme en un fracas ininterrompu qui embrasse tout le ciel. Vassili se lève sur le siège et abaisse la capote de la britchka ; les cochers revêtent leur armiak, et à chaque coup de tonnerre ôtent leur bonnet et se signent ; les chevaux dressent les oreilles, enflent leurs naseaux comme pour humer l’air frais du nuage qui s’approche, et la britchka roule plus vite sur la route poudreuse. Je commence à avoir peur et mon sang circule plus vite dans mes veines. Mais voilà, les nuages les plus rapprochés commencent déjà à