Page:Tolstoï - Œuvres complètes vol1.djvu/260

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— Oui, pour toi ce n’est rien, mais pour moi c’est quelque chose — dit Volodia, en secouant les épaules, geste qu’il avait hérité de papa. — Il a cassé et encore il rit. Oh ! l’insupportable gamin.

— Moi je suis un gamin, et toi, tu es un grand sot.

— Je n’ai pas envie de m’injurier avec toi — dit Volodia en me poussant doucement : — Va-t’en.

— Ne me pousse pas !

— Va-t’en !

— Je te dis de ne pas me pousser !

Volodia me prit par la main et voulut m’éloigner de la table, mais j’étais déjà agacé au dernier point : je pris la table par le pied et la renversai : « Alors, voilà pour toi ! » Et tous les bibelots de porcelaine et de cristal tombèrent avec fracas sur le parquet :

— Affreux gamin ! — cria Volodia en tâchant de rattraper les objets qui tombaient.

— Maintenant tout est fini entre nous — pensai-je en quittant la chambre. — Maintenant, nous sommes brouillés pour toujours.

Jusqu’au soir, nous ne nous parlâmes pas ; je me sentais coupable, j’avais peur de le regarder et toute la journée je ne pus m’occuper de rien. Volodia, au contraire, travailla très bien, et comme à l’habitude, après le dîner, il causa et rit avec les fillettes.

Aussitôt que le professeur termina la leçon, je