Page:Tolstoï - Œuvres complètes vol1.djvu/270

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— Je lui ai permis de sortir pour des visites, — dit papa.

— Ce n’est pas une raison, il doit toujours être ici. Les enfants ne sont pas à moi, mais à vous et je n’ai pas le droit de vous donner de conseils puisque vous êtes plus sage que moi, — répartit grand’mère, — mais il me semble qu’il est temps déjà de louer pour eux un gouverneur et non un diatka, un paysan allemand, qui ne peut rien leur apprendre sauf de mauvaises manières et des chansons tyroliennes. C’est bien nécessaire, je vous le demande, que les enfants sachent des chansons tyroliennes. Du reste, maintenant, il n’y a plus personne pour penser à cela et vous pouvez faire comme vous voulez.

Le mot « maintenant» signifiait : puisqu’ils n’ont plus leur mère, et il suscita de tristes souvenirs dans le cœur de grand’mère ; elle baissa la tête sur la tabatière au portrait et réfléchit.

— J’ai pensé à cela depuis longtemps, — se hâta de dire papa, — et je voulais vous demander conseil, maman : ne faudrait-il pas inviter Saint-Jérôme qui leur donnerait des leçons au cachet ?

— Et tu feras bien, mon ami, — répondit grand’mère, mais non plus de cette voix mécontente de tout à l’heure, — Saint-Jérôme, c’est du moins un gouverneur qui comprendra comment il faut diriger des enfants de bonne maison, ce n’est pas un simple ménin diatka capable seulement de les promener.