Page:Tolstoï - Œuvres complètes vol1.djvu/301

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ce qui flattait agréablement mon amour-propre, mais Saint-Jérôme ayant sans doute remarqué mes polissonneries, s’approcha de moi, et en fronçant les sourcils (ce que je ne pouvais supporter), dit que je lui semblais gai, mais non pour le bien, et que si je n’étais pas plus modeste, alors, malgré la fête, il m’en ferait repentir.

Mais je me trouvais dans l’état d’énervement d’un homme qui a perdu plus qu’il n’a en poche et qui, ayant peur de compter ses points, continue à jeter les cartes sans aucun espoir de se rattraper et seulement pour ne pas se donner le temps de reprendre mémoire.

Je souris insolemment et m’éloignai de lui.

Après « le chat et les souris » quelqu’un organisa un jeu que nous appelions, il me semble, Lange Nase. Ce jeu consistait à mettre deux rangs de chaises l’un en face de l’autre, les dames et les messieurs se partageaient en deux groupes et tour à tour se choisissaient entre eux. La plus jeune des princesses choisissait chaque fois le plus jeune des Ivine, Katenka prenait Volodia ou Ilinka, et Sonitchka choisissait toujours Serioja, et à mon grand étonnement, n’avait aucune honte quand Serioja venait tout droit et s’asseyait en face d’elle. Elle riait de son rire charmant, sonore et lui faisait, de la tête, des signes qu’il comprenait.

Quant à moi, personne ne me choisissait. À la profonde blessure de mon amour-propre, je com-