Page:Tolstoï - Œuvres complètes vol1.djvu/302

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pris que j’étais de trop, un restant, que chaque fois, on devait dire de moi : « Qui reste encore ? » « Oui, Nikolenka ; eh bien, prends-le donc. » C’est pourquoi, quand mon tour venait de sortir ; je m’approchais directement de ma sœur ou d’une des laides princesses, et malheureusement pour moi, jamais je ne me trompais. Sonitchka semblait si occupée de Sergueï Ivine que je n’existais plus pour elle. En pensée, je l’appelais traîtresse, je ne sais pas pourquoi, puisqu’elle ne m’avait jamais promis de me choisir, moi et non Serioja ; mais j’étais fermement convaincu qu’elle agissait envers moi de la façon la plus honteuse.

Après le jeu, je remarquai que la traîtresse, que je méprisais, mais dont je ne pouvais détacher mes regards, s’éloignait dans un coin avec Serioja et Katenka, et qu’ils chuchotaient mystérieusement quelque chose. Je me glissai derrière le piano pour surprendre leur secret. Voici ce que je vis : Katenka tenait par les deux bouts un mouchoir de batiste, et comme d’un paravent, en cachait les têtes de Serioja et de Sonitchka. « Non, vous avez perdu, maintenant il faut payer ! » disait Serioja. Sonitchka, devant lui comme une coupable, baissait les mains, rougissait et disait : « Non, je n’ai pas perdu, n’est-ce pas mademoiselle Catherine ? »

— « J’aime la vérité, répondit Katenka, — vous avez perdu votre pari, ma chère. »

À peine Katenka avait-elle prononcé ces mots