Page:Tolstoï - Œuvres complètes vol1.djvu/314

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« C’était un brave garçon, » prononce papa avec les larmes aux yeux. — Oui, répond Saint-Jérôme, mais un grand polisson » — « Vous devriez respecter les morts, dit papa, vous êtes cause de sa mort : vous l’avez effrayé, il ne pouvait supporter l’humiliation que vous lui prépariez. Sortez, canaille ! »

Et Saint-Jérôme tombe à genoux, pleure et demande pardon. Après quarante jours, mon âme s’envolera au ciel. Je vois là-bas quelque chose d’admirablement beau, blanc, transparent, long, et je sens que c’est ma mère. Cette chose blanche m’entoure, me caresse, mais je suis inquiet, je ne la reconnais pas. « Si c’est vraiment toi — dis-je alors, montre-toi à moi que je puisse t’embrasser » La voix me répond : « Ici nous sommes tous de même : je ne puis mieux t’embrasser, n’est-ce pas bien ainsi ? » — « Non, je me sens très bien, mais tu ne peux me chatouiller et je ne puis embrasser tes mains… » — « Ce n’est pas nécessaire, même sans cela c’est si beau ici, » dit-elle ; et je sens que c’est en effet très beau, et tous deux ensemble nous volons de plus en plus haut. Ici, subitement, je m’éveille à la réalité et, de nouveau, je me vois sur le coffre, dans le cabinet noir, avec les joues mouillées de larmes, et répétant sans aucun sens, ces paroles : « Et nous volons de plus en plus haut. » Je fais longtemps le plus d’efforts que je puis pour m’expliquer ma situation, mais à ma pensée ne se présente qu’un lointain af-