Page:Tolstoï - Œuvres complètes vol1.djvu/319

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vous avez levé la main sur lui ! C’est très bien ! Admirable !! Je commence à croire aussi que vous n’êtes pas capable de comprendre les bons traitements, et que pour vous il faut des moyens humiliants…

— Demande tout de suite pardon, — ajouta-t-elle d’un ton sévère, impérieux, en montrant Saint-Jérôme, — tu entends ?

Je regardai dans la direction de la main de grand’mère, et en voyant la redingote de Saint-Jérôme, je me détournai et ne bougeai pas de place, et de nouveau je sentis mon cœur défaillir.

— Eh bien, n’avez-vous pas entendu ce que je vous ai dit ?

Je tremblais de tout mon corps, mais ne bougeais pas.

— Coco ! — dit grand’mère, s’apercevant sans doute de la souffrance intérieure que j’éprouvais. — Coco, — fit-elle d’une voix non plus impérieuse mais tendre, — est-ce toi ?

— Grand’mère ! je ne lui demanderai pas pardon, pour rien… — dis-je en m’arrêtant tout à coup, car je sentis que je ne pourrais retenir plus longtemps les larmes qui m’étranglaient, si je disais encore un mot.

— Je t’ordonne, je te demande. Qu’as-tu ?

— Je… je… ne… veux… Je ne puis, — prononçai-je, et les sanglots contenus, amassés dans ma poitrine, renversèrent subitement l’obstacle qui