Page:Tolstoï - Œuvres complètes vol1.djvu/318

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la manche de mon veston qui était salie de plâtre, mais Saint-Jérôme me déclara que c’était tout à fait inutile, comme si je me trouvais en une situation morale si triste qu’il n’était plus du tout nécessaire de me soucier de l’aspect extérieur.

Pendant que Saint-Jérôme, me tenant par la main, me conduisait à travers le salon, Katenka, Lubotchka et Volodia m’ont regardé avec cette même expression que nous avions toujours en regardant les forçats enchaînés qui passaient chaque lundi devant nos fenêtres. Quand je m’approchai du fauteuil de grand’mère, avec l’intention de lui baiser la main, elle se détourna de moi et cacha sa main sous sa mantille.

— Oui, mon cher — dit-elle après un temps assez long pendant lequel elle me regarda des pieds à la tête avec une telle expression que je ne savais pas où cacher mes yeux et mes mains ; — je ne puis dire que vous appréciez beaucoup mon amour et que vous êtes pour moi une vraie consolation. M. Saint-Jérôme qui, sur ma demande — ajouta-t-elle en traînant chaque mot — s’est chargé de votre éducation, ne veut plus, maintenant, rester dans ma maison. Pourquoi ? À cause de vous, mon cher ; — J’espérais que vous seriez reconnaissant, — continua-t-elle après un court silence qui prouvait que son discours était préparé d’avance — pour ses soucis et pour sa peine, que vous pourriez apprécier ses mérites, et vous, blanc bec, gamin,