Page:Tolstoï - Œuvres complètes vol1.djvu/369

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l’attrapant par les épaules et en lui enlevant son veston. — Ignace, habille ton maître.

— Cela m’arrive souvent… — continuait Nekhludov.

Mais Doubkov ne l’écoutait déjà plus. Il chantait : « Tra lala la la la… » sur un air quelconque.

— Tu n’es pas débarrassé, — dit Nekhludov. — Je te prouverai que ma timidité ne vient pas du tout de l’amour-propre.

— Tu le prouveras en venant avec nous.

— Je te dis que je n’irai pas.

— Eh bien, reste ici et prouve-le au diplomate, et quand nous reviendrons il nous le racontera.

— Je le prouverai, — répondit Nekhludov avec un entêtement enfantin. Seulement, revenez au plus vite.

— Que pensez-vous : ai-je de l’amour propre ? — dit-il en s’asseyant près de moi.

Bien que mon opinion sur ce point fût déjà faite, je me sentis tellement embarrassé à cette question inattendue que je ne répondis pas tout de suite.

— Je crois que oui — dis-je en sentant ma voix trembler, et la rougeur couvrir mon visage à la pensée qu’il était temps de leur prouver que j’étais intelligent. — Je pense que chaque homme a de l’amour-propre, et que tout ce que fait l’homme, il le fait par amour-propre.

— Alors, selon vous, qu’est-ce que l’amour-propre ?