Page:Tolstoï - Œuvres complètes vol1.djvu/64

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sait-il en posant la main sur son cœur. — Mais Nikolaï, qu’est-elle ici… Sa volonté, dans cette maison, c’est la même chose que ça ! — en disant ces mots, d’un geste expressif, il envoyait par terre les rognures de cuir. — Je sais qui m’a joué ce tour et pourquoi je suis devenu inutile ; c’est parce que je ne flatte pas et que je ne dis pas Amen à tout, comme certaines personnes. J’ai l’habitude de dire toujours et devant tout le monde la vérité — continuait-il fièrement — que Dieu leur pardonne ! Ils ne s’enrichiront pas parce que je ne serai plus là, et moi, grâce à Dieu, je trouverai toujours à gagner un morceau de pain…, n’est-ce pas, Nikolaï ?

Nikolaï leva la tête et regarda Karl Ivanovitch, comme pour s’assurer s’il pouvait, en effet, trouver un morceau de pain, — mais il ne répondit rien.

Karl Ivanovitch parla longtemps sur ce ton : il raconta combien on avait mieux apprécié ses services chez un général où il avait été avant de venir chez nous (je fus très peiné d’entendre cela) ; il parla de la Saxe, de ses parents, de son ami le tailleur Schönheit, etc., etc.

Je compatissais à son chagrin, et il m’était pénible que père et Karl Ivanovitch, que j’aimais presque autant l’un que l’autre, ne se comprissent pas ; je retournai dans mon coin, m’assis sur mes talons et me mis à songer aux moyens de rétablir entre eux la concorde.