Page:Tolstoï - Œuvres complètes vol1.djvu/67

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V


L’INNOCENT


Dans la chambre entra un homme d’une cinquantaine d’années, au visage pâle, allongé, marqué de la petite vérole, avec de longs cheveux gris, une barbe rare, roussâtre. Il était de si haute taille que non seulement il dut incliner la tête, pour passer sous la porte, mais encore plier le corps. Son corps était couvert de quelque chose de déchiré, rappelant un cafetan ou une soutane ; il avait à la main un énorme bâton. En entrant dans la chambre, il frappa le plancher de toutes ses forces, puis il fronça les sourcils, ouvrit une bouche démesurée et poussa un éclat de rire effrayant, qui n’avait rien d’humain. Il était borgne, et la pupille blanche de cet œil remuait sans cesse et donnait à son visage, laid sans cela, une expression encore plus repoussante.