Page:Tolstoï - Œuvres complètes vol1.djvu/88

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C’était une terrible pleurnicheuse.

— Eh bien, soit, ne pleure plus, je t’en prie, j’ai cela en horreur !

L’indulgence de Volodia nous fit très peu de plaisir, au contraire, son attitude nonchalante, ennuyée, enlevait tout le charme du jeu. Quand nous nous fûmes assis à terre, et qu’imaginant aller à la pêche, nous commençâmes à ramer de toutes nos forces, Volodia s’assit et croisa les bras dans une pose qui ne rappelait en rien celle d’un pêcheur. Je le lui fis remarquer, mais il répondit que le fait d’agiter plus ou moins les bras ne nous faisait rien perdre ni rien gagner, et que nous n’en irions pas plus loin. Malgré moi, je devais être de cet avis. Quand, m’imaginant aller à la chasse, une canne sur l’épaule, je pénétrai dans le bois, Volodia se coucha sur le dos, mit ses mains sous sa tête et me dit qu’il y allait aussi. Ces actes et ces paroles refroidissaient le jeu, et étaient d’autant plus désagréables qu’on ne pouvait pas, en son âme, penser que Volodia n’agît sagement.

Je sais moi-même qu’avec un bâton, non seulement on ne peut tuer un oiseau, mais on ne peut même tirer. C’est un jeu. Si l’on raisonne ainsi, on ne peut pas non plus monter sur les chaises, et pourtant, je crois que Volodia lui-même se souviendra comment, pendant de longues soirées d’hiver, couvrant les chaises avec des mouchoirs, nous en avons fait des voitures : l’un assis