Page:Tolstoï - Œuvres complètes vol1.djvu/87

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— Eh bien ! à quoi allons-nous jouer ? — dit Lubotchka, en clignant des yeux à cause du soleil et en sautant sur l’herbe. — Jouons à Robinson.

— Non… c’est ennuyeux — répondit Volodia qui s’était allongé paresseusement sur l’herbe et mâchait des feuilles : — toujours Robinson ! Si vous tenez absolument à jouer, construisons plutôt un petit pavillon.

Volodia faisait évidemment l’important : il était sans doute fier d’être venu sur un cheval de chasse, et il feignait d’être très fatigué. Peut-être aussi avait-il déjà trop de bon sens et trop peu d’imagination pour jouir tout à fait du jeu de Robinson. Ce jeu consistait à représenter les scènes du « Robinson suisse » que nous avions lu un peu auparavant.

— Nous t’en prions… pourquoi ne veux-tu pas nous faire ce plaisir ? — lui demandèrent les fillettes ; — tu seras Charles, ou Ernest, ou le père, ce que tu voudras — ajoutait Katenka, en essayant de le soulever par la manche de son veston.

— Non, vraiment, je n’en ai aucun désir, c’est ennuyeux ! — dit Volodia en s’étirant et en souriant en même temps, d’un air satisfait.

— Alors mieux valait rester à la maison, si personne ne veut jouer, — objecta Lubotchka à travers ses larmes.