Page:Tolstoï - Œuvres complètes vol1.djvu/99

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la voix forte de papa et l’odeur de cigare qui, je ne sais pourquoi, m’attira toujours beaucoup. Dans mon demi-sommeil, je fus frappé subitement par un craquement de souliers bien connu, dans l’office. Karl Ivanovitch, sur la pointe du pied, mais avec un visage sombre et résolu, et des papiers quelconques dans la main, s’approcha de la porte et frappa doucement. On le fit entrer et la porte se referma de nouveau.

« Pourvu qu’il n’arrive pas quelque malheur », pensai-je. — « Karl Ivanovitch est en colère, il est capable de tout… »

De nouveau je me rendormis.

Cependant aucun malheur ne se produisit ; une heure plus tard, le même craquement de souliers me réveilla. Karl Ivanovitch, en essuyant avec son mouchoir des larmes que je vis sur ses joues, franchit la porte et, en marmonnant quelque chose entre ses dents, partit en haut. Derrière lui, papa sortit et entra au salon.

— Sais-tu ce que je viens de décider ? — dit-il d’une voix gaie en mettant la main sur l’épaule de maman.

— Quoi, mon ami ?

— J’emmène Karl Ivanovitch avec les enfants. Il y a de la place dans la voiture. Les enfants sont habitués à lui ; de son côté, il paraît très dévoué envers eux ; et sept cents roubles par an ne sont pas une affaire ; et puis, au fond c’est un très bon diable.