Page:Tolstoï - Œuvres complètes vol27.djvu/100

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


choses-là. C’est trop pénible ! » se disait Ivan Ilitch, et il se transportait dans le présent. « Les boutons du dossier du divan, et les plis du maroquin… Ce maroquin a coûté très cher et ne vaut rien… Il y a eu une discussion à ce propos… Je me rappelle encore un autre maroquin et une autre discussion : le portefeuille de père que nous avions déchiré et la punition que cela nous valut. Et maman nous apporta du gâteau ». De nouveau il s’abandonne aux souvenirs de son enfance, et de nouveau, il se sent péniblement affecté et s’efforce d’écarter ses souvenirs et de penser à autre chose.

Ces souvenirs en éveillaient d’autres en lui : la marche progressive de sa maladie. Là aussi, plus il regardait en arrière, plus il trouvait de vie et de bonheur ; alors le bonheur et la vie ne faisaient qu’un. « De même que mes souffrances, ma vie n’a fait qu’empirer de jour en jour. La bas, tout au commencement de la vie, un point lumineux, et puis… toujours plus noir, toujours plus noir, toujours plus vite, toujours plus vite. C’est en raison inverse du carré des distances de la mort », pensait Ivan Ilitch.

Et l’image de la pierre tombant avec une vitesse de plus en plus grande se gravait dans son âme. Sa vie, cet enchaînement de souffrances, se précipite de plus en plus rapidement vers sa fin, la suprême souffrance.

« Je me précipite ». Il tressaille, s’agite, veut ré-