Page:Tolstoï - Œuvres complètes vol27.djvu/146

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— Une fois qu’on s’est mis sous le joug, il faut le traîner, autrement chacun dirait qu’il veut faire son salut, quand il lui paraîtrait difficile de nourrir sa famille. C’est un mensonge et une lâcheté ! Non, l’homme doit vivre selon Dieu, en famille. C’est facile de faire son salut quand on est seul ! Et, de plus, agir ainsi, c’est agir contrairement à la doctrine du Christ. Dieu a ordonné d’aimer son prochain, tandis que vous, sous prétexte d’être agréable à Dieu, vous voulez affliger les autres. Non, un homme marié a des devoirs très définis, et il ne doit pas les dédaigner. Quand la famille est élevée, c’est une autre affaire. Alors, vivez comme vous l’entendez. Mais faire du mal à sa famille, nul n’en a le droit.

Le monsieur marié ne se rendit pas. Il répliqua :

— Je ne veux pas abandonner ma famille. Je dis seulement qu’il faut que la famille, les enfants, vivent, non pas selon les exigences du monde, non pas pour leurs plaisirs, mais qu’il faut les habituer à la pauvreté, au travail, à la charité, et, surtout, à la vie fraternelle avec tous, et que, pour cela, il est nécessaire de renoncer aux avantages des honneurs et de la richesse.

— Il ne t’appartient pas de reprendre les autres tant que toi-même ne vis pas selon Dieu, objecta sa femme avec chaleur. Pendant toute ta jeunesse tu n’as vécu que pour ton plaisir, pourquoi donc