Page:Tolstoï - Œuvres complètes vol27.djvu/185

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— Cependant, je ne vois pas encore pourquoi le mariage que tu appelles chrétien exclut cette sorte d’amour éprouvé par Pâris ? dit Jules.

— Je ne dis pas que le mariage chrétien n’admet pas l’amour exclusif ; au contraire, le mariage n’est raisonnable et saint qu’à cette condition. Mais l’amour exclusif pour une femme ne peut naître que si l’amour général pour l’humanité n’est pas anéanti. Cet amour exclusif pour une femme chanté par les poètes, reconnu excellent même n’étant pas basé sur l’amour de l’homme pour ses semblables, ne mérite pas le nom d’amour. Ce n’est qu’un simple désir animal qui se change souvent en haine. La meilleure preuve que ce prétendu amour (eros) non basé sur l’amour fraternel pour tous les hommes devient bestial, c’est la violence qu’exerce l’homme sur la femme qu’il prétend aimer et qu’il fait souffrir. Il est évident que là ou il y a violence il n’y a pas amour. Il n’est pas rare de voir user de violence dissimulée dans les mariages non chrétiens ; souvent un homme épouse une jeune femme qui ne l’aime pas ou qui en aime un autre, et il n’a pas pitié d’elle pourvu qu’il satisfasse sa passion.

— Admettons qu’il en soit ainsi, dit Jules. Mais quand la jeune fille aime, alors il n’y a pas de violence, et je ne vois pas la différence entre le mariage chrétien et le mariage païen.

— Je ne connais pas les détails de ton mariage,