Page:Tolstoï - Œuvres complètes vol27.djvu/226

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


femme est très encline au christianisme ; à un certain moment, elle était décidée à renoncer à sa vie actuelle. Moi aussi j’étais résolu à l’accompagner. Mais ce qui l’arrêta ce fut la position précaire des enfants chrétiens, les besoins auxquels ils étaient exposés ; et je n’ai pu que lui donner raison. C’était pendant ma dernière maladie. J’étais très dégoûté de la vie que j’avais menée et voulais tout quitter. Mais, d’une part, les craintes de ma femme, d’autre part les arguments de mon médecin m’ont convaincu que la vie d’un chrétien, du moins comme vous la pratiquez, n’est possible et bonne que pour les célibataires, mais que les personnes qui ont une famille, les mères qui ont des enfants, ne sont pas préparées pour une telle existence ; qu’avec la vie que vous menez, la vie elle-même, c’est-à-dire le genre humain, doit cesser. Et c’est logique. C’est pourquoi ton apparition avec cet enfant m’a particulièrement étonné.

— Et il n’est pas le seul, remarqua Pamphile, car j’ai laissé à la maison un enfant à la mamelle et une petite fille de trois ans.

— Eh bien, explique-moi comment cela est possible. Je ne le comprends pas. Comme je viens de te le dire, j’étais sur le point d’abandonner tout et d’aller chez vous. Mais j’ai des enfants, et j’ai compris que je n’avais pas le droit de les sacrifier ; alors, pour eux, pour les élever dans les mêmes conditions que celles dans lesquelles moi-même