Page:Tolstoï - Œuvres complètes vol27.djvu/66

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bien égal. Pourtant eux aussi mourront. Les imbéciles ! D’abord mon tour, après le leur. Et ils rient, ces brutes ! » La colère l’étouffait. Il souffrait le martyre. « Ce n’est pas possible que tout le monde soit condamné aux mêmes horreurs ! » Il se leva encore une fois. « Il y a quelque chose qui ne va pas. Il faut se calmer, remonter au commencement. » Il se mit à songer. « Oui, le début de ma maladie. Je me suis donné un coup au côté sans rien éprouver d’extraordinaire, seulement une petite douleur sourde. Puis cela s’est aggravé ; puis le médecin, la mélancolie, l’angoisse, de nouveau le médecin ; et je m’approchais de plus en plus de l’abîme. Les forces diminuent. Plus près, plus près. Et me voila épuisé. Mes yeux sont devenus ternes. C’est la Mort et moi je ne pense qu’à mon intestin. Je ne pense qu’à guérir mon intestin et c’est la Mort ! Mais, est-ce la Mort ? » Il fut repris de terreur. Tout haletant il se baissa, chercha les allumettes, heurta la table de nuit, se fit mal, et, dans un mouvement de colère, la poussa fortement et la renversa. Épouvanté, sans souffle, il se jeta sur le dos, attendant la fin.

En ce moment, les visiteurs se retiraient. Prascovie Fédorovna qui les reconduisait ayant entendu le bruit de la chute entra.

— Qu’as-tu ?

— Rien. J’ai renversé, sans le vouloir…

Elle sortit et revint avec une bougie. Il était