Page:Tolstoï - Œuvres complètes vol27.djvu/84

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que sa terreur redoublerait s’il apercevait son corps amaigri, aussi fit-il en sorte de ne pas le regarder. Enfin sa toilette se trouva achevée. Il passa une robe de chambre, s’enveloppa dans un plaid et s’assit dans son fauteuil pour prendre le thé. Il se sentit rafraîchi, mais aussitôt qu’il trempa ses lèvres dans le thé, le même goût, la même douleur reparurent. Il fit un effort pour finir son verre puis se recoucha, les jambes étendues. Il renvoya Piotr.

Et c’était toujours la même chose. C’était tantôt une lueur d’espérance, tantôt un abîme de désespoir et toujours, toujours la même douleur, toujours la même tristesse, le même découragement. La solitude lui pesait effroyablement, il aurait voulu appeler quelqu’un, mais il savait que devant quelqu’un ce serait encore pire.

« Si encore on m’injectait de la morphine, pour oublier ! Je dirai au médecin de m’inventer encore quelque remède. Il est impossible, impossible que cela dure ainsi ! »

Une heure, deux heures s’écoulent. La sonnette retentit. C’est peut-être le médecin ? En effet, c’est lui, frais, fleuri, gras, gai, qui semble dire : « Vous avez tort d’avoir peur, nous arrangerons tout cela. »

Le médecin sait lui-même que cette expression n’est pas de mise ici, mais il l’a prise une fois pour toutes, et il lui est aussi impossible de s’en défaire