Page:Tolstoï - Œuvres complètes vol27.djvu/83

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Il prit la cuiller et but.

« Non, c’est inutile d’espérer encore. C’est une sottise », se dit-il, sentant dans sa bouche ce goût fade et désespérant qu’il connaissait. « Non, je ne puis plus croire. Mais la douleur, pourquoi cette douleur ? Si elle pouvait cesser au moins pour un moment ! »

Et il se mit à geindre. Piotr revint.

— Non, va… Apporte-moi du thé.

Piotr sortit. Ivan Ilitch, resté seul, se mit à gémir, et cela moins à cause de ses souffrances, malgré leur violence, que par angoisse. « La même chose, toujours la même chose ; ces nuits et ces journées interminables… Si tout cela pouvait finir plus tôt !… Mais quoi ? plus tôt ?… la mort, les ténèbres… Non, non, tout excepté la mort ! »

Lorsque Piotr revint avec le thé sur le plateau, Ivan Ilitch, tout bouleversé, le regarda longtemps, sans comprendre qui il était et ce qu’il voulait. Piotr se troubla sous ce regard. Ivan Ilitch remarqua ce trouble et revint à lui.

— Ah ! oui. Le thé ? Bien, laisse-le ici. Aide-moi seulement à me lever et à mettre une chemise propre. Ivan Ilitch se mit à faire sa toilette. En se reposant très souvent, il se lava les mains, la figure, les dents, se coiffa et se regarda dans le miroir. Il eut peur surtout en voyant ses cheveux collés à son front pâle.

Tandis qu’on lui changeait de chemise, il savait