Page:Tolstoï - Œuvres complètes vol27.djvu/95

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larmes, mais sa respiration même, et devint tout attentif : il semblait écouter non pas une voix terrestre, mais la voix de l’âme et suivre les pensées qu’elle exprimait.

— Que veux-tu ? semblait dire la voix intérieure.

— Que veux-tu ? Que veux-tu ? se répéta-t-il à lui-même. Ce que je veux ? Ne plus souffrir ! Vivre, répondit-il.

De nouveau il tendit son attention au point qu’il en oubliait sa douleur.

— Vivre ? Et vivre comment ? reprit la voix.

— Mais vivre comme je vivais auparavant, bien, agréablement.

— Aussi bien et agréablement que tu as vécu jusqu’à présent ? redemanda la voix.

Et il se mit à se rappeler les meilleurs moments de sa vie agréable. Mais, chose étrange, ces moments, il les voyait maintenant d’un tout autre œil qu’alors, tous, excepté ses premiers souvenirs d’enfance. Dans son enfance, il retrouvait quelque chose de vraiment bon, dont le retour embellirait la vie. Mais l’homme qui avait eu une vie agréable, facile, cet homme n’existait plus, il n’était plus qu’un souvenir.

Aussitôt qu’il arrivait à cette période de sa vie qui avait fait de lui ce qu’il était actuellement, toutes ses joies de jadis s’évanouissaient, se transformaient en quelque chose de pénible et de vide.