Page:Tolstoï - Œuvres complètes vol27.djvu/96

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Plus il s’éloignait de l’enfance et s’approchait du présent, plus les joies paraissaient insignifiantes et douteuses. Cela commençait à l’École de droit. Là il y eut encore quelque chose de vraiment bon : la gaîté, l’amitié, l’espérance. Mais dès les classes supérieures ces bons moments devenaient plus rares.

Plus tard, du temps de son service chez le gouverneur, il y eut encore quelques moments purs : son affection pour une femme. Puis tout s’embrouillait et le nombre des moments heureux allait diminuant, et plus il avançait dans la vie, moins il y en avait. Son mariage… un hasard, gros de désillusions. L’haleine désagréable de sa femme, la sensualité, l’hypocrisie ! Puis cette carrière morne, les soucis d’argent, et ainsi une année, deux, dix, vingt ! et toujours la même chose. Et plus le temps passait, plus sa vie était vide.

« C’est comme si j’avais descendu une montagne au lieu de la monter. Ce fut bien ainsi. Selon l’opinion publique je montais, mais en réalité, la vie glissait sous moi… Et me voila arrivé au terme… Meurs !

« Mais, qu’est-ce donc ? Pourquoi ? Non, ce n’est pas possible que la vie soit si insignifiante, si vilaine ! Si elle est en effet si vilaine, si absurde, pourquoi mourir et mourir en souffrant ? Il y a là quelque chose que je ne m’explique pas.

« Peut-être n’ai-je pas vécu comme on doit