Page:Tolstoï - Carnet du Soldat, trad. Bienstock.djvu/32

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taire — et alors je ne le violerai pas ; seulement je ne veux ni ne peux être un assassin ».

Beaucoup parmi vous disent encore : « J’ai été élevé ainsi, je suis lié par ma situation et ne puis en sortir ». Mais cela non plus n’est pas vrai.

Vous pouvez toujours sortir de votre situation et si vous ne le faites pas, c’est seulement parce que vous préférez vivre et agir contre votre conscience, plutôt que de vous priver des quelques avantages du monde, que vous donne votre service néfaste. Oubliez seulement que vous êtes officier et rappelez-vous que vous êtes un homme, et l’issue de votre situation aussitôt se montrera à vous. Cette issue, la meilleure, la plus honnête, consiste en ceci : réunir le détachement que vous commandez, sortir devant lui et demander pardon aux soldats de tout le mal que vous leur avez fait en les trompant, et cesser d’être militaire.

Cet acte semble audacieux et paraît demander beaucoup de courage, et cependant il en exige beaucoup moins que pour aller à l’attaque ou provoquer quelqu’un en duel pour offense à l’uniforme, ce que vous, militaires, êtes toujours prêts à faire, et ce que vous faites.

Si même vous ne pouvez agir ainsi, vous pouvez toujours, si vous avez compris à quel point le service militaire est criminel, le quitter et lui préférer toute autre activité bien que moins avantageuse. Et si vous ne pouvez faire même cela, alors pour vous la solution de la question : « Continuerai-je oui ou non à servir ? » s’ajournera jusqu’au jour où — et ce sera bientôt pour tous — vous vous trouverez face à face avec une foule sans armes de