Page:Tolstoï - Carnet du Soldat, trad. Bienstock.djvu/40

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Mais il en va tout autrement avec l’Église.

L’Église, en se reconnaissant comme la seule conservatrice de la vérité entière, divine, éternelle, immuable dans tous les temps, révélée aux hommes par Dieu lui-même, ne peut pas ne pas considérer toute doctrine religieuse, exprimée autrement que par ses dogmes, comme une doctrine mensongère, nuisible, même criminelle (quand cette doctrine vient d’hommes connaissant la vraie situation de l’Église), entraînant les hommes à leur perte éternelle. C’est pourquoi, par sa définition même, l’Église ne peut être tolérante et ne pas employer contre toutes les croyances et contre tous ceux qui professent des doctrines contraires à elle, tous les moyens qu’elle croit d’accord avec sa doctrine. Ainsi, la religion chrétienne et l’Église chrétienne sont des conceptions tout à fait différentes. Il est vrai que chaque Église affirme qu’elle seule représente le christianisme ; mais la religion chrétienne, c’est-à-dire ceux qui professent la libre religion chrétienne, ne reconnaissent nullement que l’Église est la gardienne du christianisme. Ceux qui professent la religion chrétienne ne pourraient même faire cela puisqu’il y a beaucoup d’Églises et que chacune d’elles se considère comme l’unique dépositaire de l’entière vérité divine.

Et cette confusion de deux conceptions différentes, faite sans cesse par les ecclésiastiques ayant des buts différents, est cause que tous les raisonnements sur la désirabilité de la tolérance religieuse par l’Église, souffrent du vague, commun à tous, de l’emphase, des réticences et, par