Page:Tolstoï - Carnet du Soldat, trad. Bienstock.djvu/46

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situation. Et le Christianisme déformé par les Églises fait cela, en présentant encore cette particularité, que grâce à ses déformations, il cache à l’homme l’accès au vrai christianisme.

Les gouvernements et les classes gouvernantes ne pourraient exister sans cette altération du Christianisme qui s’appelle la croyance de l’Église. L’Église avec son mensonge ne pourrait exister sans la violence directe ou indirecte des gouvernements et des classes gouvernantes. Chez certains gouvernements, cette violence se manifeste par des oppressions ; chez d’autres par la protection exclusive des classes qui possèdent toutes les richesses ; et la possession des richesses n’est garantie que par la violence. C’est pourquoi l’Église, le gouvernement et la classe dominante se soutiennent réciproquement. De sorte que les adversaires de la tolérance religieuse ont tout à fait raison en affirmant le droit de violence et d’oppression, c’est-à-dire de ce qui soutient l’existence de l’Église. Et les partisans de la tolérance religieuse n’auraient raison que dans le cas où ils s’adresseraient non à l’Église, mais à l’État, en lui demandant ce qu’on appelle irrégulièrement : La séparation de l’Église et de l’État, et qui n’est en réalité que la cessation du soutien exclusivement gouvernemental par la violence soit directe ou indirecte — par l’argent — d’une croyance quelconque.

Exiger de l’Église qu’elle renonce à la violence sous n’importe quelle forme, c’est la même chose qu’exiger de l’ennemi assiégé de tous côtés qu’il dépose les armes et se livre à ses adversaires.