Page:Tolstoï - Le salut est en vous.djvu/285

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CHAPITRE XI

LA CONCEPTION CHRÉTIENNE DE LA VIE NAIT DÉJÀ DANS NOTRE SOCIÉTÉ ET DÉTRUIT INFAILLIBLEMENT L’ORGANISATION DE NOTRE VIE BASÉE SUR LA VIOLENCE. QUAND CELA ARRIVERA.

La situation de l’humanité chrétienne avec ses prisons, ses bagnes, ses gibets, ses fabriques, sa concentration des richesses, ses impôts, ses églises, ses cabarets, ses maisons publiques, ses armements toujours grandissants et ses millions d’hommes abrutis, prêts, comme des chiens, à se jeter sur ceux contre lesquels le maître les excite, serait terrible si elle était le produit de la violence, mais elle est avant tout le produit de l’opinion publique. Or ce qui est établi par l’opinion publique peut être détruit par elle.

Des sommes se chiffrant par des centaines de millions, des dizaines de millions d’hommes disciplinés, des armes de destruction d’une force inouïe, une organisation arrivée au plus haut degré de perfectionnements, une légion d’hommes chargés de tromper et d’hypnotiser le peuple et tout cela obéissant, grâce à l’électricité qui supprime la distance, à des hommes qui considèrent cette organisation comme avantageuse pour eux et qui savent que sans elle ils disparaîtraient : quelle force invincible cela ne paraît-il pas ! Cependant il suffirait de voir où nous allons fatalement, il suffirait que les hommes aient honte de participer à la violence et d’en profiter, comme ils ont honte de l’escroquerie, du vol, de la mendicité, de la lâcheté, pour qu’aussitôt, de