Page:Tolstoï - Qu’est-ce que l’art ?.djvu/247

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lettres, ôtez-leur la possibilité de protéger cet art qu’ils tiennent pour si important : et ils ne seront plus en état de poursuivre leur vie, et tous périront de tristesse et d’ennui, et tous reconnaîtront l’absurdité et l’immoralité de leur manière de vivre.

Une troisième conséquence du mauvais fonctionnement de l’art, c’est la contusion, le désarroi que ce mauvais fonctionnement amène dans l’esprit des enfants et des gens du peuple. Chez les hommes qui n’ont pas été pervertis par les mensongères théories de notre société, chez les artisans et chez les enfants, la nature a mis une conception très définie de ce qui mérite d’être blâmé ou loué. Suivant l’instinct des gens du peuple et des enfants, l’éloge ne revient de droit que, ou bien à la force physique (Hercule, les héros, les conquérants), ou à la force morale (Çakya-Mouni, renonçant à la beauté et au pouvoir pour sauver les hommes, le Christ mourant sur la croix pour notre bien, les saints, les martyrs, etc.). Ce sont là des notions d’une clarté parfaite. Les âmes simples et droites comprennent qu’il est impossible de ne pas respecter la force physique, puisqu’elle s’impose elle-même au respect ; et la force morale de l’homme qui travaille pour le bien,