Page:Topffer - Nouvelles genevoises.djvu/284

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qui m’en informer, et l’heure avancée m’ôtant tout espoir de pouvoir m’y présenter ce jour-là, je pris, fort à regret, le parti de rentrer chez moi.

Néanmoins cet incident, loin de refroidir mes sentiments, leur avait au contraire prêté une force plus intime, et la fuite imprévue de ces deux dames m’avait frappé par quelque chose de mystérieux et de romanesque qui, tout en m’affligeant, ne déplaisait pas à mon tour d’esprit. Ému des alarmes de la mère, j’étais vivement impatient de les calmer ; et la fille, un instant fanée par le souffle impur de la calomnie, ne m’en paraissait que plus touchante. Comme c’était à mon occasion, je me sentais engagé à la protéger encore ; et ce rôle, auquel ma conduite à son égard donnait quelque noblesse, flattait mon amour-propre et secondait le penchant qui m’entraînait vers elle.

En rentrant chez moi, j’appris de Jacques qu’une personne m’attendait dans le salon depuis quelques instants. J’y entrai précipitamment ; et un monsieur inconnu, qu’à son costume je jugeai aussitôt pouvoir être le pasteur qui avait mon manteau, se leva de devant le feu pour me saluer. — Vous ignorez, monsieur, ce qui m’amène, me dit-il avec assez d’émotion, et je suis moi-même embarrassé de vous le dire. — Est-ce vous, interrompis-je, qui êtes le dépositaire de mon manteau ? — Oui, monsieur. — En ce cas, monsieur, je sais ce qui vous amène, et je suis prêt à vous écouter.

Nous nous assîmes. — Monsieur, reprit-il, je dois vous dire que je ne vous connais point, et que, sans votre manteau qui porte votre nom sur l’agrafe, je n’aurais pas même eu le moyen de venir vous importuner. Du reste, mon titre à me présenter chez vous ne repose que sur les devoirs qui me sont imposés envers mes parois-