Page:Topffer - Nouvelles genevoises.djvu/77

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vraisemblance, et en même temps diminué mes remords, puisque je m’accusais généreusement d’une faute, ce qui à mes yeux m’absolvait presque…

Ce chef-d’œuvre de combinaison était tout prêt, lorsque j’entendis le pas de M. Ratin, qui montait l’escalier !

Dans mon trouble, je fermai le livre, je le rouvris, je le fermai encore pour le rouvrir précipitamment, sur ce motif que le pâté parlerait de lui-même, et m’épargnerait l’embarras terrible des premières ouvertures…




M. Ratin venait pour me donner ma leçon. Sans voir le livre, il posa son chapeau, il plaça sa chaise, il s’assit, il se moucha. Pour avoir une contenance, je me mouchai aussi ; sur quoi M. Ratin me regarda fixement, car il s’agissait de nez.

Je ne compris pas d’abord que M. Ratin sondait l’intention que j’avais pu avoir en me mouchant presque au même instant que lui ; en sorte que, m’imaginant qu’il avait vu le pâté, je baissai les yeux, plus décontenancé par son silence scrutateur que je ne l’aurais été par ses questions, auxquelles j’étais prêt à répondre. À la fin, d’un ton solennel : — Monsieur ! je lis sur votre figure… — Non, monsieur… — Je lis, vous dis-je… — Non, monsieur, c’est le chat, interrompis-je…

Ici, M. Ratin changea de couleur, tant cette réponse lui sembla dépasser toutes les limites connues de l’irrévérence ; et il allait prendre un parti violent, lorsque, ses yeux étant tombés sur le monstrueux pâté, cette vue lui produisit un soubresaut qui, par contre-coup, en produisit un sur moi.

C’était le moment de conjurer l’orage. — Monsieur,