Page:Topffer - Nouvelles genevoises.djvu/78

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pendant que j’étais sorti… le chat… pour acheter une plume… le chat… parce que j’avais perdu la clef… hier au bain… le chat…

À mesure que je parlais, le regard de M. Ratin devenait si terrible, qu’à la fin, ne pouvant plus le soutenir, je passai sans transition à l’aveu de mes crimes. — Je mens… M. Ratin… c’est moi qui ai fait ce malheur.

Il se fit un grand silence.




— Ne vous étonnez point, monsieur, dit enfin M. Ratin d’une voix solennelle, si l’excès de mon indignation en comprime et en retarde l’expression. Je dirai même que l’expression me manque pour qualifier… Ici une mouche… un souffle de fou rire parcourut mon visage.

Il se fit de nouveau un grand silence.

Enfin M. Ratin se leva. — Vous allez, monsieur, garder la chambre pendant deux jours, pour réfléchir sur votre conduite, tandis que je réfléchirai moi-même au parti que je dois prendre dans une conjoncture aussi grave…

Là-dessus M. Ratin sortit, en fermant l’appartement dont il emporta la clef.




L’aveu sincère m’avait soulagé ; le départ de M. Ratin m’ôtait la honte, de façon que les premiers moments de ma captivité ressemblèrent fort à une heureuse délivrance ; et, sans l’obligation où je me voyais de songer deux jours à mes fautes, je me serais fort réjoui, comme on y est disposé au sortir des grandes crises.

Je me mis donc à songer : mais les idées ne venaient