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TROISIÈME PARTIE

Philippe courut aussitôt avertir le Dr Claveaux.

— Qu’ils entrent ! dit-il, en ouvrant la porte. La maison est assez grande pour les héberger tous.

Depuis la victoire de la Marne, la vue des Français faisait battre le cœur. Bien que Philippe, sur la foi des journaux anglais, fût enclin à croire qu’on devait au général French la déroute des barbares, il s’obstinait néanmoins à penser que la France avait plus ou moins sauvé le monde… « à droite et à gauche des armées britanniques ».

Les territoriaux entrèrent donc à la file indienne, le fusil et le sac sur le dos.

— Au grenier ? demanda le lieutenant.

— Jamais de la vie ! protesta Sylvain.

— Laissez donc ! reprit l’officier, ils s’arrangeront à leur manière.

Mais le médecin s’obstina :

— Du tout !… Du tout !… j’ai reçu deux Allemands dans la cuisine, c’est bien le moins que je reçoive des Français au salon.

Et il serra des mains terreuses, souhaitant la bienvenue à des capotes qui sentaient le chien mouillé.

En dépit du médecin, qui leur abandonna toutes les chambres, la plupart des hommes s’installèrent au grenier. Ceux qui étaient dans la cuisine emplirent d’eau un chaudron à lessive, que l’on mit sur le poêle en attendant l’arrivée des pommes de terre.

Heureux de se sentir à l’abri, les soldats plaisantaient devant la marmite, où l’un voyait « l’hypothèse