Page:Touchatout - Le Trombinoscope, Volume 1, 1871.djvu/13

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le renversement de l’Empire après les honteuses défaites de Vélocipède père. Comme eux, cependant, il fut désigné pour faire partie du gouvernement de la défense nationale et prit part à ses travaux. On assure, à son honneur, qu’il donnait un peu moins que ses collègues dans le plan Trochu, et qu’il voulait imprimer à la défense une allure révolutionnaire ; mais que chaque fois qu’il prenait la parole dans ce sens, le général Trochu faisait avec terreur le signe de la croix, et dressait son buvard entre lui et Gambetta, comme si ce dernier voulait lui jeter un sort. — Quand l’investissement de Paris fut complet, soit qu’il eût plein le dos de voir M. Trochu persister à défendre Paris, en brûlant des cierges, soit que ses collègues ne fussent pas fâchés de l’éloigner, M. Gambetta enjamba les lignes prussiennes en ballon et alla organiser la résistance de la province à Tours. — Là, le fougueux tribun, qui paraissait vouloir enfin, après ses premières hésitations, entrer tête baissée dans les traditions de 92, s’en donna à cœur joie, délivré du voisinage engourdissant de ses collègues de Paris. — La lumière n’est pas encore faite sur les agissements de M. Gambetta à Tours et à Bordeaux, où il alla ensuite. — Le succès n’ayant pas couronné son œuvre, beaucoup de gens l’ont attaqué ; mais d’après ce que l’on sait jusqu’ici, il est permis de croire, en tenant compte des difficultés de la situation, que le jeune républicain a soulevé plus de montagnes, en trois mois, que le général Trochu de Sainte-Geneviève, n’eût préparé de sorties en cinquante années. — Il organisa des armées, congédia les anciens fonctionnaires de l’Empire, fit arrêter les princes d’Orléans qui étaient accourus se mêler de ce qui ne les regardait pas, etc., etc. — Quand M. Jules Favre eut signé le soi-disant armistice qui désarmait la France entière, M. Gambetta refusa de souscrire à cette honte, et donna sa démission. — M. Gambetta, de tous les hommes qui ont traversé nos dernières crises, est le seul qui soit resté entier. — On dit assez généralement que, chez M. Gambetta, le patriote est fortement doublé de l’homme adroit et soigneux de sa popularité ; sa retraite et son silence, depuis la conclusion de la paix, donneraient quelque créance à cette opinion. — Quoi qu’il en soit et comme, en résumé, il n’y a pas de saints sur la terre, il demeure avéré que M. Gambetta, débordé, noyé par le mau-