Page:Touchatout - Le Trombinoscope, Volume 1, 1871.djvu/25

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C’est aussi à cette époque que les Parisiens acquirent la preuve que l’homme, chez lequel ils espéraient trouver l’impétuosité de Danton et la pâle colère de Cambronne, allait régulièrement invoquer sainte Geneviève et ne sortait jamais sans parapluie. — Monsieur Trochu laissa prendre aux Prussiens toutes les positions qui étaient à leur convenance auteur de Paris. Il fit fondre des canons ; on ne dit pas s’il les fit bénir, mais c’est probable. — Il soigna tout particulièrement les mobiles bretons, ses compatriotes, qu’il avait fait venir à Paris. Il les logea chez l’habitant. Un peu gênés d’abord en voyant que les Parisiens ne disaient jamais leur Benedicite, ces intéressants jeunes gens ne tardèrent pas à se familiariser avec la vie de Paris ; on prétend même qu’ils se familiarisèrent si bien, qu’un assez grand nombre d’entre eux furent blessés avant de combattre. Le général Trochu ayant appris la chose, se signa et lança un ordre du jour pour enjoindre à ses mobiles de ne plus sortir sans leur scapulaire et d’aller immédiatement se confesser ; il était trop tard !…

Cependant la confiance dont la population parisienne avait honoré le général Trochu ne tarda pas à s’ébranler ; on commençait à murmurer de son inaction. Les canons étaient fondus, les mobiles instruits, les gardes nationaux armés, et les préparatifs du fameux plan Trochu menaçaient de durer aussi longtemps que ceux de Robert-le-Diable à l’Opéra, qui avaient traîné pendant dix-sept ans. — Quelques esprits chagrins trouvaient que c’était peut-être un peu long pour des gens qui n’avaient que deux mois de vivres devant eux. — Le général dut alors se décider à risquer la première de ces trois célèbres sorties qui devaient le couvrir de gloire. — Nous épargnerons à nos lecteurs les détails, de ces trois faits d’armes taillés sur le même patron et qui devaient naturellement aboutir au même résultat : faire prendre le matin des positions au prix des plus grands sacrifices, ne pas envoyer de renforts pour les défendre et les évacuer le soir ; tel était le programme invariable auquel le général resta toujours fidèle. — Il serait impardonnable de passer sous silence les proclamations avec lesquelles le général Trochu enlevait ses soldats la veille d’un combat ; c’étaient de vrais chefs-d’œuvre de désolation et de tristesse ; mises en plein-chant, elles eussent obtenu le plus grand succès pour les services funèbres ; les soldats en les lisant, se trouvaient comme transportés et volaient au combat en s’écriant avec enthousiasme : Il n’est pas douteux qu’avant midi, nous serons battus à plate couture. — « Soldats !… disait-il ou à peu près, — nous allons nous précipiter sur les lignes ennemies pour les percer ; mon avis est que c’est inutile, nous ne les percerons jamais ; je compte sur vous, persuadé que vous n’êtes bons à rien. En avant !… et n’oubliez pas qu’à moins d’un miracle,